L’achat d’une maison en Thaïlande pour un étranger bute sur une règle structurante du droit foncier thaïlandais : un étranger ne peut pas détenir un terrain en nom propre. Toute stratégie d’acquisition repose donc sur le choix du montage juridique appliqué au foncier, pas au bâti. Usufruit, bail enregistré et société thaïlandaise offrent des profils de risque, de durée et de liquidité très différents. Nous détaillons ici les écarts concrets entre ces trois mécanismes.
Usufruit en Thaïlande : un droit réel dont la portée recule
Le Code civil thaïlandais autorise la constitution d’un usufruit au profit d’une personne physique étrangère. En théorie, cet usufruit peut courir jusqu’au décès de l’usufruitier. En pratique, la situation a changé.
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Plusieurs bureaux fonciers (Land Office) refusent désormais d’enregistrer un usufruit « à vie » au profit d’un étranger. Ils imposent une durée maximale de 30 ans, renouvelable par un nouvel acte, ce qui rapproche de facto l’usufruit d’un bail de longue durée. Ce durcissement, documenté par des retours d’expérience d’avocats francophones en Thaïlande entre 2022 et 2024, crée une incertitude que le bail n’a pas.

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L’usufruit confère le droit d’usage et de jouissance du terrain et de la maison, y compris le droit de percevoir des loyers. Il s’enregistre au Land Office et devient opposable aux tiers, y compris à un éventuel acquéreur du terrain. Le nu-propriétaire thaïlandais conserve la propriété mais ne peut ni vendre ni hypothéquer sans le consentement de l’usufruitier.
Le point faible réside dans la cessibilité. L’usufruit est un droit personnel : il s’éteint au décès du bénéficiaire et ne se transmet pas aux héritiers, sauf clause spécifique rarement acceptée par les Land Offices. Pour un investisseur qui envisage une revente à moyen terme, c’est un handicap lourd.
Bail foncier de 30 ans : opposabilité et limites à la revente
Le bail enregistré (leasehold) reste le montage le plus courant pour sécuriser l’usage d’un terrain en Thaïlande. Sa durée maximale est de 30 ans par période, enregistrable au Land Office. Un bail enregistré est opposable aux tiers, y compris en cas de vente du terrain par le bailleur.
Nous observons que la question du renouvellement concentre la majorité des malentendus. Une clause de renouvellement dans le contrat de bail engage le bailleur contractuellement, mais elle n’a pas d’effet réel au sens du droit foncier thaïlandais. Si le bailleur refuse de renouveler, le preneur dispose d’un recours contractuel (dommages-intérêts), pas d’un droit automatique à prolonger l’occupation.
Financement bancaire et valeur résiduelle
Les banques thaïlandaises restent réticentes à accorder des prêts sur la base d’un bail. La valeur du leasehold diminue mécaniquement avec le temps : un bail à 25 ans restants n’a pas la même valeur qu’un bail à 5 ans. Cela complique la revente à un autre étranger, qui devra accepter une durée résiduelle réduite ou renégocier un nouveau bail avec le propriétaire du terrain.
- Le bail ne confère pas le droit de percevoir des revenus locatifs sans clause expresse dans le contrat, contrairement à l’usufruit qui l’inclut par nature.
- Le bail est cessible si le contrat le prévoit, ce qui lui donne un avantage de liquidité sur l’usufruit.
- En cas de décès du preneur, le bail peut être transmis aux héritiers jusqu’à son terme, à condition que le contrat ne contienne pas de clause d’extinction anticipée.
Société thaïlandaise et détention foncière : le risque nominee
Le montage par société consiste à créer une entité de droit thaïlandais (Thai Limited Company) qui détient le terrain en pleine propriété. L’étranger contrôle la société via des actions préférentielles, une position de directeur ou des accords de vote, tout en restant minoritaire au capital (la loi impose une majorité thaïlandaise).
Ce montage est le seul qui permette une pleine propriété du foncier par l’entité, avec tous les attributs associés : vente, hypothèque, transmission. Sur le papier, c’est le plus complet.

Le problème vient de l’exécution. Depuis plusieurs années, le Land Department et le Department of Business Development (DBD) renforcent les contrôles contre les sociétés dites « nominee », où les actionnaires thaïlandais sont des prête-noms sans implication réelle. Les vérifications portent sur l’origine des fonds, la réalité de l’activité commerciale, la distribution effective de dividendes aux actionnaires thaïlandais.
Conséquences d’une requalification en nominee company
Si la société est jugée fictive ou contraire au Foreign Business Act, les autorités peuvent ordonner la revente forcée du terrain. L’étranger perd alors à la fois le foncier et les frais engagés dans la structure. Ce risque n’est pas théorique : des cabinets comme Tilleke & Gibbins documentent ces cas de manière régulière.
Nous recommandons de distinguer deux situations. Une société qui exerce une activité réelle (location, gestion immobilière, commerce) et distribue des dividendes cohérents aux actionnaires thaïlandais présente un profil de conformité solide. Une société créée uniquement pour détenir un terrain résidentiel sans activité, avec des actionnaires thaïlandais recrutés pour l’occasion, s’expose à une requalification.
Comparatif usufruit, bail et société pour un achat immobilier en Thaïlande
| Critère | Usufruit | Bail 30 ans | Société thaïlandaise |
|---|---|---|---|
| Propriété du terrain | Non | Non | Oui (via la société) |
| Durée maximale | 30 ans en pratique | 30 ans renouvelable | Illimitée |
| Cessibilité | Non cessible | Cessible si prévu au contrat | Cession des parts |
| Transmission aux héritiers | Extinction au décès | Oui, jusqu’au terme du bail | Oui |
| Revenus locatifs | Inclus par nature | Clause contractuelle nécessaire | Via la société |
| Risque juridique principal | Refus d’enregistrement à vie | Non-renouvellement | Requalification nominee |
| Coût de maintien | Faible | Faible | Comptabilité, audit annuel, déclarations |
Le choix entre ces trois montages dépend du projet. Pour une résidence occupée personnellement sans objectif de revente, l’usufruit reste le plus simple à mettre en place, malgré la restriction à 30 ans. Pour un investissement locatif avec perspective de cession, le bail enregistré offre davantage de flexibilité. La société thaïlandaise ne se justifie que si elle porte une activité commerciale réelle et que l’investisseur accepte les coûts de gestion et le risque réglementaire associé.
Quel que soit le montage retenu, l’enregistrement au Land Office et la rédaction du contrat par un avocat spécialisé en droit immobilier thaïlandais restent les deux étapes qui déterminent la solidité juridique de l’opération.

